Iran: Ayatollah Ali Khamenei aurait été illiminé

Tafart

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Des photos présumées du corps du guide suprême iranien Ali Khamenei, visé par les frappes américano-israéliennes, auraient été montrées ce samedi au Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, selon des informations rapportées par des medias israéliens.

Comment il est arrivé au pouvoir?

Dans son ouvrage La guerre Iran Irak 1980 – 1989 (Editions Perrin, 2013), le chercheur Pierre Razoux écrit que Ali Khamenei fut l’héritier spirituel de Khomeiny. Le 14 février 1989, l'ayatollah Khomeiny promulgue une fatwa (décret religieux) condamnant à mort, pour blasphème, l'écrivain britannique Salman Rushdie qui vient de publier ses fameux Versets sataniques. Nul doute que le guide ait cherché à faire diversion de la défaite face à l'Irak, à occulter les problèmes intérieurs iraniens et à affirmer la vigueur du chiisme de manière à se poser en champion du monde musulman. Ce faisant, il contraint l'ensemble de la classe politique iranienne à se radicaliser de nouveau, donnant ainsi un coup de frein aux ouvertures faites en direction de l'Occident. Jusqu'au bout, le vieux lion se montrera intraitable avec tous ceux qu'il accuse de faire le jeu des Etats-Unis et des régimes despotiques islamiques.

Le 3 juin 1989, l'ayatollah Khomeiny décède d'une hémorragie interne dans sa quatre¬vingt-septième année. Saddam Hussein exulte, espérant que sa disparition accélérera le processus de normalisation avec l'Iran, car il a déjà d'autres projets en tête. La légende veut que sur son lit de mort, le guide ait appelé Akbar Hashemi Rafsandjani et Ali Khamenei pour leur attribuer leurs futurs rôles, profitant de ses derniers instants de lucidité. La réalité semble plus prosaïque. Lorsque les deux hommes pénètrent dans la chambre de l'ayatollah Khomeiny, celui¬ci n'est déjà plus capable de s'exprimer. Ils ont donc quelques minutes pour se partager le pouvoir. En cet instant, Rafsandjani fait la seule erreur de sa longue carrière politique. Il laisse Ali Khamenei prendre la charge de guide, alors qu'il a d'excellentes cartes en main pour la revendiquer : il est plus âgé (54 ans, contre 49 pour Khamenei), plus titré, plus charismatique et dispose d'un entregent bien supérieur à celui de son rival.

Ce sont justement ces cartes qui le convainquent qu'il aura en définitive beaucoup plus de pouvoir en devenant président. Il est convaincu de pouvoir tirer avantage de ses réseaux, de sa fortune et des institutions, estimant qu'Ali Khamenei n'a pas l'aura suffisante pour s'imposer comme l'ayatollah Khomeiny a su le faire. On connaît la suite. Les deux hommes sont promus ayatollahs. Après tant d'années d'attente, ils parviennent enfin au sommet du pouvoir qu'ils se partageront pendant de longues années. L'Assemblée des experts désignera Ali Khamenei comme nouveau guide, tandis qu'Akbar Hashemi Rafsandjani sera élu, puis réélu président de la République, avant d'être nommé à la tête du Conseil de discernement, puis de l'Assemblée des experts.

N'ayant plus besoin de Mir Hossein Moussavi, les deux hommes modifieront la Constitution et supprimeront le poste de Premier ministre. Moussavi s'éclipsera pendant vingt ans, avant d'effectuer son retour à la vie politique lors de l'élection présidentielle de 2009, à la tête de l'opposition. Si Akbar Hashemi Rafsandjani continuera d'apparaître, jusqu'à son décès en 2017, comme le personnage le plus influent du régime, ce sera toujours Ali Khamenei qui aura le dernier mot sur les dossiers les plus cruciaux. Vingt-huit ans plus tard, ce dernier continue de tirer les ficelles. D'autres protagonistes plus jeunes de la lutte contre l'Irak, tels Hassan Rohani, Ali Larijani et Mohammed Qalibaf, ont entre-temps pris la relève.
 
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